Lyrics : Sofiane, Maher – Photo : Nora

[Depuis plusieurs années un groupe de jeunes de Nevers, issu de plusieurs quartiers de la ville font parti d’un atelier « journalisme et droits humains ». Dans ce cadre,accompagnés de jeunes allemands, ils effectuent un voyage en Bulgarie, où ils travaillent sur les discriminations dont sont victimes les roms, et les relations entre les nombreuses minorités du pays.]

Stolipinovo est le plus grand ghetto rom de Plovdiv, seconde ville de Bulgarie. Ici, 50 000 personnes vivent dans des conditions misérables. Depuis toujours, la communauté rom est particulièrement discriminée, mais l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de droite allié à l’extrême droite dans le pays n’a fait que renforcer la ségrégation et les exactions vis à vis de cette minorité qui représente plusieurs centaines de milliers d’habitants dans le pays. Pourtant, dans les échanges du jour, tous minimisent ces problèmes.

 

Nous avons ce matin pu aller à la rencontre de représentants de la communauté Rom de Plovdiv.

A notre arrive nous avons été choqué par l’état misérable du quartier. Tout semble en ruines ici. Le revêtement des routes est très abimé, des trous parsèment la chaussée, les trottoirs n’existent pas, et les passants marchent dans la boue. Les maisons sont détruites en partie, les fenêtres sont cassées, et beaucoup vivent dans des bidonvilles construits avec des objets et des matériaux ramassés, sans portes, ni fenêtres. Les gens circulent en calèche, tirée par des chevaux. Il y a très peu de voitures, ou bien, des épaves. Les vendeurs de légumes et de fruits stationnent partout sur la route.

On a le sentiment que ce quartier ne fait pas partie de la ville de Plovdiv. On a du mal à imaginer que ce genre d’habitations et de conditions de vie puissent encore exister en Europe au 21e siècle ! C’est vraiment terrible pour nous de constater ça.

 

 

Lors de notre arrivée à la « Roma Fondation », un centre social qui travaille à l’inclusion et l’amélioration du niveau de vie de la communauté rom, nous avons le sentiment d’être dévisagé par les passants, méfiants. En même temps, trois petits garçons et une petite fille nous ont suivi pour jouer avec nous, échanger quelques mots d’anglais et faire des photos. C’était très touchant mais on pouvait pas ne pas remarquer qu’ils étaient très pauvres.  On voyait clairement qu’ils vivaient dans des conditions difficiles.

Nous avons fait la connaissance du directeur de la fondation des roms de Plovdiv, qui lui, semble vivre dans de meilleures conditions. Il nous a accueilli chaleureusement puis nous a expliqué la situation des roms en Bulgarie, et plus spécifiquement à Plovdiv. Sa fondation fait beaucoup pour tenter d’inclure les roms dans la société bulgare. Des écoles spécifiques accueillent les jeunes roms dans les ghettos. Elles ont souvent beaucoup moins de moyens que les autres écoles du pays. Les professeurs ne parlent pas le Romani et ne sont pas formés, ni aidés pour ce travail parfois difficile. Souvent, ils ne restent pas très longtemps dans ces écoles. Ainsi, 200 jeunes élèves roms ont ainsi été intégré dans des écoles bulgares « classiques ».  Ce ne fut pas facile de continuer l’expérience parce qu’il y a eu beaucoup d’obstacles. Chaque jour, les élèves doivent parcourir 20 km pour atteindre l’école. Souvent, ils doivent aussi faire face au rejet de leur camarade bulgare. Assan, jeune rom présent lors de la rencontre nous le confirme. Il n’a pas été rejeté lors de son arrivée à l’école parce qu’il est rom musulman, mais à cause, selon lui, de sa couleur de peau. Il nous dit que les bulgares n’ont pas un problème avec les roms mais plutôt avec leur style de vie, leurs comportements et leur hygiène. Il a ajouté qu’il n’a désormais plus de problème à s’intégrer, qu’il a de nombreux amis bulgares et qu’il est heureux de ce qu’il a pu atteindre.

 

Puis la discussion est devenue très intéressante quand nous avons parlé des efforts de l’état et son rôle dans l’intégration de ces derniers. Le directeur nous a dit que l’état veut aider la fondation et ses actions mais comme la Bulgarie traverse une crise économique, du coup, c’est difficile financièrement et on ne fait aucun pas vers eux.
En réponse à nos questions sur la réalité des discriminations et des violences que subissent les roms au quotidien, on a eu souvent le sentiment qu’on nous cachait quelque chose. Nous avons souvent posé des questions aux jeunes roms présents, et c’est à chaque fois le directeur de la fondation qui répondait à leur place. Il nous a dit qu’une majeure partie des bulgares considère que les problèmes de la Bulgarie sont le fait des Roms. Malgré ce sentiment général, la rencontre s’est terminée dans de grands sourires et des photos.

Juste après nous nous sommes dirigés vers le vieux centre de Plovdiv, dans une école arménienne pour rencontrer des jeunes collégiens et parler avec eux des minorités en Bulgarie. Ces élèves de 11 à 13 ans avaient tous un excellent niveau d’anglais et nous ont offert des réponses très intelligentes sur leur manière de vivre en Bulgarie avec les autres communautés. Nous avons appris que ce quartier est fréquenté par des élevés de plusieurs origines : Etats-Unis, Australie, Arménie, Turquie, Liban. Cette école arménienne est située dans le quartier le plus riche de Plovdiv. Cette classe que nous avons rencontrée ne semblait pas homogène, et on avait le sentiment que cela avait été préparé pour donner une image parfaite de la ville et des jeunes bulgares.

Nous étions frustrés car nous avions le sentiment que les réponses aux questions étaient préparées pour nous influencer. Nous avons ressenti un manque de spontanéité. La question qui se pose alors à la suite de cette rencontre est la suivante : L’absence de contrainte économique sur ces jeunes gens leur donne t’elle une vision différente de la réalité ? Sont-ils conscients des discriminations qui peuvent être perpétrées ?