« Centres sociaux, maisons de quartiers, foyers d’hébergement, … autant de lieux du vivre-ensemble mis en péril par le confinement généralisé de la population. Les professionnels qui y travaillent s’engagent aujourd’hui en faveur des personnes en situation de vulnérabilité. Formés aux pratiques de l’éducation populaire, ces animateurs socio-culturels suivent des parcours diplômant qui les sensibilisent aux thématiques sociétales actuelles.

Le GRETA M2S, organisme de formation des adultes de l’éducation nationale, a tenu à associer Fumigène à ses équipes. Sous la coordination de Yazid Sayoud, responsable de formation et militant, notre magazine participe donc depuis plusieurs mois aux parcours de ces stagiaires. 

Autour d’un projet collectif d’envergure, nous avons mené des ateliers d’éducation populaire aux médias. Objectif : Partager nos expériences et compétences avec ces futur.e.s responsables de structures pour les aider à faire face aux enjeux de l’information et accompagner les publics qu’ils côtoient. 

Tout au long de la semaine, Kader, Aminata, Estelle, Victoria, Greg, … et les autres partageront avec vous leurs récits du confinement. Un énorme big up à ces engagé.e.s de la première ligne qui consacrent leurs quotidiens aux habitants et habitantes des quartiers populaires ! »

 

« Jusqu’alors, l’épidémie était peut-être pour certains une idée lointaine, elle est devenue une réalité immédiate, pressante ». Discours du 16 mars de E. Macron.

Est il encore possible de dire que nous avons de la chance ma famille et moi ? 

J’ai 53 ans, je suis papa de 3 enfants, Lucile, Valentin et Laurine. Je suis marié à Chloé depuis 16 ans. Elle est psychologue et travaille auprès d’enfants en grande souffrance. Moi, je suis animateur et suis en formation DEJEPS au Greta dans le domaine de l’animation sociale. Nous avons une maison avec un petit jardin dans le nord de la Seine et Marne et tout se passe bien. L’annonce même du confinement a d’abord été prise comme un cadeau, un week-end prolongé. Une manière pour nous de rester en famille, vaquer à nos occupations, se retrouver autour d’un bon repas, d’un film ou d’une table pour simplement discuter. 

Puis le temps a passé. Les rythmes ont changé. Les rapports se sont durcis. Les relations ont évolué. 

Après trois semaines de huis clos, nous prenons conscience que ce que nous vivons fera l’histoire de demain. Le COVID 19 s’est abattu sur le Monde. Il est venu de loin sans faire trop de bruit … Il a débarqué lentement et s’est installé dans nos vies. Une fois derrière notre porte, tel un prédateur, il a pu s’attaquer à ses proies favorites : les plus fragiles. 

J’ai peur pour nous, pour mes amis, pour mes proches. Et mes parents, à plus de 90 ans, ils font partie du festin préféré de ce virus. Alors je prends conscience de notre fragilité. Nous décidons de ne plus écouter les informations devenues trop anxiogènes. A la place : organiser en famille un nouveau système de vie en communauté : gestion des écrans, planning et activités, devoirs, organisation de veillées et de temps libre. Un vrai centre de vacances familiales, sans la plage.

Mon épouse est sur le terrain pour accompagner les enfants et leurs familles qui souffrent du confinement. Moi je suis à la fois papa, maître d’école, professeur de mathématiques ou d’histoire, animateur …  mon nouveau quotidien est bien rempli. Je prends aussi  du temps de m’occuper de nos voisins. J’ai déposé mon numéro de téléphone dans les boîtes à lettres du quartier, pour proposer mes services. Je sors faire les courses, je vais à la pharmacie. Nous avons créé avec des amis un compte Facebook « Crégy-lès-Meaux, ma ville solidaire» pour favoriser les échanges et proposer des services et activités au plus grand nombre. Je me suis également engagé auprès des brigades solidaires populaires (@brigadesSolidaritePopulaire) pour assurer la distribution de repas le week-end aux plus démunis Une VIE bien remplie.

Puis la Nouvelle tombe… Je suis à nouveau confronté à la réalité du champ de bataille. La sœur de ma maman est décédée dans la nuit de vendredi à samedi. Elle n’est plus là, elle faisait malheureusement, elle aussi, partie des proies faciles. Je suis triste. Comment vais je pouvoir accompagner ma mère dans ce deuil ? Les trajets sont trop longs, les déplacements interdits et le contact avec mes parents trop dangereux. Seulement trois personnes peuvent assister à l’enterrement et ma mère ne dira pas au revoir à sa soeur. 

Il est là. Il est bien là. Le Corona guette chacun d’entre nous. Ne pensez pas être à l’abri comme j’ai pu le croire … Il ne fait pas de racisme, pas de ségrégation, pas sexisme… il a ses préférences mais s’il croise votre chemin. Il fera son choix … Alors vous aussi faites un choix : Restez chez vous…

 

Stéphane.